
La Commission européenne a lancé, le 3 février 2026, une enquête approfondie sans précédent visant Goldwind, un mastodonte chinois de l’énergie éolienne. Cette investigation, menée dans le cadre du nouveau règlement sur les subventions étrangères, marque une étape décisive dans la lutte de l’Union européenne contre la concurrence déloyale et son ambition de protéger son marché unique et son industrie verte. C’est un véritable coup de tonnerre dans le secteur des énergies renouvelables.
L’Épée de Damoclès des Subventions Étrangères
Au cœur de cette affaire se trouve le « règlement relatif aux subventions étrangères faussant le marché intérieur » (FSR), entré en vigueur en juillet 2023 et pleinement applicable depuis le 12 juillet 2023 pour les subventions octroyées avant l’entrée en application, ou janvier 2024 pour les nouvelles procédures de marchés publics et de concentrations. Ce mécanisme législatif d’avant-garde confère à la Commission des pouvoirs étendus pour détecter et remédier aux distorsions causées par des aides d’État non-européennes. L’objectif est clair : garantir un environnement commercial équitable, où les entreprises européennes ne sont pas désavantagées par des concurrents étrangers bénéficiant d’un soutien public massif. L’enquête visant Goldwind est l’une des toutes premières de cette envergure depuis l’application du FSR, soulignant la détermination de Bruxelles à faire respecter les règles du jeu, en particulier dans des secteurs stratégiques comme l’énergie renouvelable.
Goldwind et la Conquête Chinoise de l’Éolien
Goldwind est loin d’être un acteur anodin. Il s’agit de l’un des plus grands fabricants d’éoliennes au monde, et un fleuron de l’industrie chinoise. L’ascension fulgurante des entreprises chinoises dans le secteur éolien, tout comme dans le solaire, est une histoire d’innovation, mais aussi, selon de nombreux observateurs, de subventions publiques massives et d’un soutien étatique sans équivalent. Pendant des décennies, l’Europe a été un pionnier de l’énergie éolienne, avec des champions comme Vestas, Siemens Gamesa ou Nordex. Cependant, la compétitivité prix des turbines chinoises, souvent perçue comme « artificielle » en raison des aides de l’État, a commencé à éroder les parts de marché des entreprises européennes, créant des tensions et des inquiétudes quant à la pérennité de l’industrie locale. L’enquête de la Commission cherchera précisément à déterminer si les activités de Goldwind sur le marché européen ont bénéficié de telles subventions, leur ampleur et leur impact sur la concurrence.
Les Enjeux Colossaux pour l’Autonomie Énergétique Européenne
Cette enquête dépasse le simple cadre d’une entreprise ou d’un secteur. Elle touche au cœur de la stratégie de l’Union européenne en matière d’énergie et d’industrie. L’UE s’est fixée des objectifs ambitieux de décarbonation, nécessitant un déploiement massif d’énergies renouvelables, dont l’éolien. Or, la dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers, notamment ceux suspectés de concurrence déloyale, pose un problème majeur d’autonomie stratégique et de sécurité d’approvisionnement. Si l’industrie éolienne européenne venait à être fragilisée par ces pratiques, cela pourrait compromettre la réalisation de nos objectifs climatiques et entraîner des pertes d’emplois significatives. Les acteurs européens peinent déjà à maintenir leur rentabilité face à la hausse des coûts des matériaux, à l’inflation et aux lourdes charges réglementaires, et une concurrence déloyale ne ferait qu’aggraver leur situation, menaçant des milliers d’emplois qualifiés à travers le continent, y compris en France, qui est un marché important pour l’énergie éolienne.
Un Précédent Crucial pour l’Avenir du Marché Unique
L’issue de cette enquête sera scrutée avec la plus grande attention. Elle établira un précédent important pour l’application du FSR et enverra un signal fort sur la détermination de l’UE à défendre son marché. Au-delà de l’éolien, les implications pourraient s’étendre à d’autres secteurs technologiques verts, comme les panneaux solaires – où l’Europe a déjà vu une grande partie de sa capacité de production s’effondrer face à la concurrence chinoise subventionnée – ou encore les batteries et les véhicules électriques. Il s’agit de s’assurer que la transition écologique européenne se fasse sur des bases saines, sans sacrifier l’industrie locale au profit d’acteurs étrangers bénéficiant d’avantages indus. La Commission doit faire preuve de fermeté pour protéger l’intégrité de son marché unique et la compétitivité de ses entreprises, essentielles pour l’innovation et la création d’emplois en Europe.
La décision finale de la Commission européenne, qu’elle aboutisse à des mesures correctives ou à l’abandon de la procédure, sera lourde de conséquences. Elle dessinera les contours de la politique commerciale de l’UE face aux puissances économiques mondiales et son engagement envers une concurrence libre et loyale. Pour les citoyens européens, l’enjeu est double : assurer une énergie propre et abondante, tout en préservant une base industrielle solide et innovante qui garantisse notre souveraineté économique et technologique face aux défis du 21e siècle.
Mots-clés : Subventions étrangères, Goldwind, Éolien, Commission européenne, Marché unique
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