Le CERN, fleuron de la recherche scientifique mondiale, est en pleine transformation numérique, avec une accélération spectaculaire de ses initiatives en cybersécurité. Suite à un audit rigoureux en 2023, l’organisation déploie un plan ambitieux qui verra l’intégralité de ses systèmes renforcés d’ici 2026, avec un accent particulier mis sur la refonte de la sécurité de ses réseaux. Ces mesures phares promettent une protection inédite pour des données d’une valeur inestimable, et pourraient bien inspirer d’autres institutions.
Un Impératif Stratégique : Sécuriser la Recherche de Pointe
Le Centre Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN) n’est pas qu’un simple laboratoire ; c’est un carrefour mondial où se croisent des milliers de chercheurs et des milliards de données générées par des expériences colossales comme celles du Grand collisionneur de hadrons (LHC). Dans un tel environnement, la cybersécurité n’est pas une option, mais une nécessité absolue. Les données scientifiques, les secrets de conception, la propriété intellectuelle, sans parler des informations personnelles de son personnel international, sont des cibles de choix pour des acteurs malveillants, qu’il s’agisse de cybercriminels cherchant à monétiser des informations, ou d’États-nations engagés dans de l’espionnage industriel ou scientifique. Un audit de cybersécurité réalisé en 2023 a mis en lumière la nécessité d’une modernisation profonde, conduisant à ce « sprint final » de déploiements prévus pour être achevés en 2026.
La Révolution du Filtrage Réseau : Adieu l’Approche « Tout ou Rien »
Au cœur de cette modernisation, on trouve une refonte complète du filtrage réseau. D’ici 2026, le Réseau Technique (RT) du CERN, essentiel au fonctionnement des infrastructures critiques, bénéficiera d’un filtrage beaucoup plus granulaire. Actuellement, la sécurité entre le Réseau Campus, les centres de données de Meyrin et Prévessin et le RT repose sur un mécanisme « FIABLE/EXPOSÉ », datant d’avant 2006. Ce système, basé sur des adresses IP et parfois des numéros de port, est jugé trop permissif : il accorde une confiance large à certains appareils ou en expose d’autres à l’ensemble du RT. Le futur verra l’introduction de paires de pare-feu redondants, capables de contrôler les flux entre ces domaines avec une précision chirurgicale. Les questions clés seront : quels services informatiques doivent être visibles ? Sur quels ports ? Dans quelle direction ? Avec quel protocole (TCP ou UDP) ? Et qui sont les clients autorisés ? Cette transition, complexe, s’opérera durant le Long Arrêt 3 (LS3) de maintenance. Une fois cette étape franchie, un dispositif de pare-feu identique sera déployé entre le Réseau Campus et les centres de données, harmonisant ainsi la sécurité de l’ensemble de l’infrastructure.
Micro-Segmentation et Isolation : La Défense en Profondeur des Centres de Données
En parallèle, le CERN s’apprête à généraliser l’utilisation des « Groupes de sécurité Openstack » pour tous les services hébergés dans ses centres de données de Meyrin et Prévessin. Cette fonctionnalité, déjà opérationnelle à Prévessin, permet aux administrateurs de services de séparer leurs serveurs « back-end » (internes) de leurs « front-end » (accessibles aux utilisateurs). C’est une forme de micro-segmentation qui isole les composants applicatifs, protégeant ainsi les éléments critiques d’éventuelles compromissions provenant d’autres services au sein du même centre de données. Les machines virtuelles de la famille « m4 » sont déjà éligibles, et d’autres types le seront d’ici 2026-2027. Cette approche renforce considérablement la résilience des applications, un enjeu majeur pour les grandes infrastructures de cloud, qu’elles soient privées comme au CERN ou publiques.
Sécurité des Systèmes Opérationnels et Wi-Fi Chiffré : Le Quotidien Sécurisé
Le plan du CERN n’oublie pas les systèmes opérationnels et l’expérience utilisateur. Après avoir renforcé la protection réseau (via des Réseaux Locaux Virtuels – VLAN) pour les caméras de vidéosurveillance, les systèmes de contrôle d’accès et les imprimantes en 2025, ce sera au tour des systèmes de contrôle d’automatisation des bâtiments. Ces infrastructures, souvent moins visibles, représentent des points d’entrée potentiels pour des attaques ciblées. De plus, 2026 verra l’introduction d’un réseau Wi-Fi chiffré utilisant la protection WPA, un standard industriel robuste. Bien que cela n’offre pas un chiffrement de bout en bout de tout le trafic, cela protège les communications locales de l’espionnage réseau et empêche les appareils non autorisés de se connecter au réseau du CERN. Le déploiement du nouveau réseau « CERN-Campus », remplaçant l’ancien « CERN » (SSID), est prévu pour début 2026, avec une longue période de transition pour assurer que personne ne soit laissé pour compte. L’adoption de WPA3, mentionnée en conclusion, représente la dernière génération de ce standard, offrant une sécurité accrue.
Conclusion : Le CERN, un Modèle de Cyber-Résilience pour l’Europe ?
L’ensemble de ces mesures, piloté par le Bureau de la Sécurité Informatique du CERN, représente un investissement majeur et une démonstration de l’engagement de l’organisation envers la protection de son patrimoine numérique. En renforçant ses fondations réseau, en adoptant des principes de micro-segmentation et en sécurisant son accès sans fil, le CERN ne se contente pas de répondre aux exigences d’un audit, il s’aligne sur les meilleures pratiques mondiales en matière de cybersécurité. Cette démarche proactive pourrait bien servir de modèle et d’inspiration pour d’autres grandes infrastructures de recherche et entreprises européennes, soulignant l’importance cruciale d’une défense en profondeur et d’une adaptation constante face à l’évolution des cybermenaces.
Mots-clés : cybersécurité, CERN, réseau, pare-feu, WPA3
Source : Article original
