
Lors d’une session récente du Conseil Agrifish, la Commission européenne, par la voix du Commissaire Kadis, a publiquement soulevé des « difficultés » majeures dans la mise en œuvre de sa Réglementation de contrôle de la pêche et l’utilisation du système CATCH. Cette annonce, datée du 26 janvier 2026, met en lumière les défis persistants pour assurer une gestion durable et équitable des ressources maritimes sur le continent.
Le cœur du problème : La Réglementation du contrôle et l’outil CATCH
Au centre des préoccupations se trouve la Politique Commune de la Pêche (PCP), pierre angulaire de la gestion des pêcheries européennes, et plus spécifiquement sa composante de contrôle. Cette réglementation vise à garantir que les quotas de pêche sont respectés, que la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) est combattue efficacement, et que les données sur les captures sont fiables et transparentes. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, l’Union européenne a développé le système CATCH, un outil numérique conçu pour harmoniser et centraliser la déclaration des captures, les débarquements, les ventes et les activités des navires. L’idée est d’offrir une traçabilité complète du poisson, de l’océan à l’assiette, en s’appuyant sur les technologies modernes pour une meilleure surveillance et une prise de décision éclairée. Cependant, les récentes déclarations suggèrent que la réalité du terrain est bien plus complexe que les ambitions affichées.
Des eaux agitées : Les défis de l’implémentation sur le terrain
Les « difficultés » évoquées par le Commissaire Kadis ne sont pas anodines. Elles reflètent une série de blocages inhérents à la diversité des flottes de pêche européennes, des pratiques nationales et des niveaux d’avancement technologique entre les États membres. L’adoption d’un système numérique unifié comme CATCH se heurte à des résistances multiples : la charge administrative perçue par les pêcheurs pour la saisie des données, la nécessité d’investir dans de nouveaux équipements (journaux de bord électroniques, systèmes de suivi des navires par satellite VMS), et parfois même une méfiance vis-à-vis d’un contrôle accru. De plus, les défis techniques liés à l’interopérabilité des systèmes nationaux avec la plateforme européenne, la formation des utilisateurs et la maintenance des infrastructures numériques sont colossaux. Comme l’a souligné la Commission, « elle prend au sérieux les questions que vous avez soulevées et est prête à continuer de s’engager de manière constructive avec les États membres concernés. », un aveu implicite des problèmes rencontrés.
Enjeux économiques et écologiques : Ce que risque la France et l’Europe
L’échec ou le retard dans l’implémentation de ces régulations et outils numériques a des conséquences profondes. Sur le plan écologique, une mauvaise gestion des contrôles peut conduire à la surpêche, épuisant les stocks et menaçant la biodiversité marine, dont des espèces emblématiques essentielles à l’équilibre des écosystèmes. Pour un pays comme la France, dotée d’une façade maritime étendue et d’une industrie de la pêche significative, ces enjeux sont cruciaux. Économiquement, une concurrence déloyale due à la pêche INN pénalise les acteurs respectueux des règles, met en péril la rentabilité des flottes nationales et la subsistance des communautés côtières. De plus, la confiance des consommateurs européens envers des produits de la mer tracés et durables pourrait être ébranlée, impactant directement les filières de distribution et les exportations. La crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale, en tant que championne de la durabilité, est également en jeu.
Vers une pêche 2.0 : Les solutions envisagées et les perspectives technologiques
Face à ces obstacles, la Commission et les États membres doivent impérativement redoubler d’efforts. Les pistes de solution incluent un soutien financier accru pour moderniser les flottes et les infrastructures IT nationales, des programmes de formation intensifs pour les pêcheurs et les agents de contrôle, ainsi qu’une simplification et une harmonisation des procédures de déclaration. L’avenir de la gestion des pêches passera indubitablement par des innovations technologiques. L’intelligence artificielle pourrait être déployée pour analyser d’énormes volumes de données et détecter les anomalies, tandis que les technologies satellitaires offriraient une surveillance plus précise des activités en mer. À plus long terme, la technologie de la chaîne de blocs (blockchain) pourrait révolutionner la traçabilité des produits de la mer, garantissant une transparence et une immutabilité des données sans précédent. Une collaboration renforcée entre la Commission, les États membres et les professionnels de la pêche est essentielle pour transformer ces défis en opportunités et bâtir une politique de la pêche véritablement durable et efficace.
La déclaration du Commissaire Kadis est un signal d’alarme clair : l’Europe doit intensifier son engagement envers une gestion des pêches transparente et efficace. Le succès de la Réglementation de contrôle et du système CATCH est fondamental non seulement pour la santé de nos océans, mais aussi pour l’avenir économique et social de nos communautés côtières. C’est un défi complexe, mais dont la résolution est impérative pour garantir la pérennité de nos ressources marines et l’équité pour tous les acteurs de la filière.
Mots-clés : Pêche européenne, Réglementation contrôle, CATCH, Commission européenne, Durabilité maritime
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