
L’horizon de la physique des particules s’éclaire avec l’actualisation majeure de la Stratégie européenne pour la physique des particules (ESPP) en 2026. Le CERN, fleuron de la recherche mondiale, vient de recevoir une avalanche de 263 propositions, marquant une mobilisation sans précédent de la communauté scientifique. Cette démarche cruciale déterminera le successeur du célèbre Grand collisionneur de hadrons (LHC) et ouvrira la voie à de nouvelles explorations des mystères de l’univers, des origines de la matière à l’énigme de l’énergie sombre.
Une mobilisation historique pour redessiner la carte du cosmos
La date limite de soumission des contributions pour la mise à jour 2026 de l’ESPP est désormais passée, et le verdict est clair : la communauté internationale s’est massivement engagée. Avec 263 propositions reçues, émanant d’individus, d’institutions et de nations entières, c’est un véritable plébiscite pour l’avenir de la physique des hautes énergies. Ces contributions couvrent l’intégralité du spectre, exprimant les priorités les plus pressantes du domaine. Karl Jakobs, secrétaire de la Stratégie et professeur à l’Université de Fribourg, s’est dit « encouragé par la richesse et la variété des contributions, en particulier les retours nationaux et les diverses propositions pour le prochain grand projet d’accélérateur au CERN ». C’est à Venise, du 23 au 27 juin 2025, que la communauté se réunira lors d’un Symposium Ouvert pour débattre de ces idées, point d’orgue avant la phase de décision.
Sur les traces du boson de Higgs et au-delà : Les grands défis scientifiques
Au cœur des préoccupations scientifiques soumises figure en bonne place l’étude approfondie du boson de Higgs. Découvert au LHC en 2012, cette particule unique est essentielle à notre compréhension fondamentale de l’univers, expliquant comment les autres particules acquièrent leur masse. Un grand nombre de propositions de l’ESPP appellent à une « usine à Higgs » — un collisionneur optimisé pour produire et étudier cette particule avec une précision inégalée. Mais les ambitions ne s’arrêtent pas là : l’exploration de la nature de la « matière noire », cette substance invisible qui compose la majeure partie de la masse de l’univers et gouverne le mouvement des galaxies, est un autre sujet populaire, tout comme l’étude des neutrinos, ces particules fantomatiques qui traversent la matière sans interagir. Ces thématiques représentent les frontières de notre connaissance et nécessitent des instruments toujours plus puissants et précis pour être percées.
L’innovation technologique : Le moteur des découvertes du futur
Derrière chaque avancée en physique des particules, se cachent des prouesses technologiques. La science et la technologie des accélérateurs, l’instrumentation des détecteurs et le calcul intensif sont les piliers sur lesquels reposent les aspirations de la communauté. Les progrès dans ces domaines sont vitaux pour la réalisation du prochain programme phare, un fait souligné par la Stratégie 2020 qui recommandait déjà la définition de feuilles de route claires pour la recherche et le développement. Des groupes d’experts au sein du Physics Preparatory Group (PPG) sont chargés d’évaluer ces contributions techniques et de réaliser des études comparatives du potentiel scientifique des divers projets proposés, en se basant sur des benchmarks physiques précis. Un aspect crucial intégré dans presque toutes les propositions est la durabilité. La protection de l’environnement est en effet un engagement ferme du CERN et de l’ensemble de sa communauté, plaçant cette problématique au cœur des considérations technologiques et infrastructurelles.
La course au successeur du LHC : Des projets titanesques en compétition
L’un des enjeux majeurs de cette actualisation stratégique est l’identification du successeur du LHC, dont la fin de vie opérationnelle est prévue pour 2041. Le choix de ce « prochain projet phare » est crucial pour maintenir la position de leader du CERN dans la physique des particules. Plusieurs propositions de futurs collisionneurs sont sur la table, et chacune représente une vision audacieuse de l’exploration de l’infiniment petit. Parmi les plus discutées, on trouve le Future Circular Collider (FCC), dont l’étude de faisabilité a été récemment achevée. Ce projet ambitieux consisterait en une infrastructure de 91 km de circonférence capable d’accueillir une « usine à Higgs et électrofaible » à électrons-positons, suivie d’un collisionneur de hadrons à ultra-haute énergie. Une autre proposition majeure est celle d’un collisionneur linéaire, s’inspirant potentiellement des technologies de l’International Linear Collider (ILC) ou du Compact Linear Collider (CLIC). Des concepts comme le collisionneur de muons, le LEP3 (réutilisation du tunnel du LHC pour un collisionneur électron-positon) et le LHeC (collisionneur électron-hadron, nécessitant l’ajout d’un accélérateur linéaire) sont également à l’étude. Pour évaluer ces géants, l’ESG prendra en compte non seulement leur portée physique, mais aussi des facteurs essentiels comme le calendrier, les coûts, la durabilité et l’impact environnemental.
Une feuille de route ambitieuse pour les décennies à venir
Le processus de l’ESPP est un mécanisme rigoureux et transparent, conçu pour optimiser les ressources et maximiser les découvertes scientifiques au niveau régional et mondial. Après le Symposium Ouvert de Venise, le Physics Preparatory Group compilera toutes les informations dans un « Briefing Book », qui sera soumis à l’European Strategy Group (ESG) fin septembre 2025. Une session de rédaction de cinq jours est prévue du 1er au 5 décembre 2025, où la stratégie finale prendra forme. L’ESG soumettra ensuite la proposition de mise à jour au Conseil du CERN d’ici fin janvier 2026, date à laquelle le monde entier aura les yeux rivés sur les orientations qui guideront la recherche en physique des particules pour les décennies à venir. Comme le souligne Karl Jakobs, « être capable d’évaluer pleinement le riche paysage des propositions et de comparer les grands projets, il est vital de considérer l’apport national, les délais des projets, les coûts, la durabilité et l’environnement, entre autres facteurs. »
L’année 2025-2026 s’annonce donc décisive pour la physique des particules européenne et mondiale. Les décisions prises façonneront non seulement l’avenir de la recherche fondamentale, mais aussi les avancées technologiques qui en découleront. Le choix du successeur du LHC, qu’il soit un FCC, un collisionneur linéaire ou une autre option innovante, déterminera la capacité de l’humanité à sonder encore plus profondément les lois de l’univers et à déverrouiller les mystères qui persistent, du boson de Higgs à la matière noire. C’est un engagement sur plusieurs décennies, un investissement colossal, mais aussi la promesse de découvertes qui pourraient bien réécrire nos manuels de physique et transformer notre compréhension du monde.
Mots-clés : Physique des particules, CERN, LHC, Boson de Higgs, Accélérateurs
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