
Une question orale retentissante a été déposée au Parlement européen, alertant sur un enjeu majeur pour l’avenir de la santé en Europe : l’intégration des inégalités de genre dans le prochain grand programme de recherche et d’innovation de l’Union, le FP10. Derrière ce sigle se cache l’un des leviers les plus puissants pour façonner les avancées médicales de demain, et des dizaines de députés s’inquiètent déjà d’un éventuel « écart de santé lié au genre » qui persisterait, voire s’aggraverait, si des mesures fortes ne sont pas prises.
Une question cruciale au cœur de l’Europe
Sous la référence O-000004/2026, une question avec demande de réponse orale a été officiellement adressée à la Commission européenne. Portée par un large éventail de députés, notamment Catarina Martins, Anja Hazekamp, Valentina Palmisano, Giorgos Georgiou, Sebastian Everding, Irene Montero, Majdouline Sbai, Isabel Serra Sánchez, Merja Kyllönen, Jutta Paulus, Romana Jerković, Rudi Kennes, Gabriela Firea, Anna Strolenberg, Anthony Smith, Elisabeth Grossmann, Estelle Ceulemans, Dan-Ştefan Motreanu, Marc Botenga, Pernando Barrena Arza, Martin Schirdewan, Manon Aubry, Hanna Gedin, Ilaria Salis, Mimmo Lucano, Nikolas Farantouris, Per Clausen, Damien Carême, Jonas Sjöstedt, Konstantinos Arvanitis, Rima Hassan, Ana Miranda Paz, Leila Chaibi, Estrella Galán, Jussi Saramo et Li Andersson, émanant de divers groupes politiques comme La Gauche, les Verts/ALE, le S&D et le PPE, cette initiative souligne l’urgence de la situation. Le fait qu’une telle coalition se forme autour de ce sujet n’est pas anodin : elle témoigne d’une prise de conscience transpartisane des lacunes actuelles dans la recherche et l’innovation en matière de santé, notamment en ce qui concerne la perspective de genre. L’Article 142 du Règlement intérieur du Parlement européen permet à ces élus d’exiger des clarifications de la part de l’exécutif européen, une étape essentielle alors que la conception du Programme Cadre 10 (FP10) est en cours.
L’effrayant « écart de santé lié au genre » : une réalité trop souvent ignorée
L’expression « gender health gap » (écart de santé lié au genre) n’est pas un concept abstrait. Elle recouvre une réalité tangible et souvent douloureuse pour des millions de citoyens européens. Historiquement, la recherche médicale a trop souvent considéré l’homme comme le modèle universel, entraînant une sous-représentation chronique des femmes dans les essais cliniques. Les conséquences sont désastreuses : les maladies affectant majoritairement les femmes (comme l’endométriose, la fibromyalgie, certaines maladies auto-immunes) sont sous-diagnostiquées et sous-recherchées. De plus, les symptômes de pathologies communes comme les crises cardiaques peuvent se manifester différemment chez les femmes, menant à des diagnostics tardifs ou erronés. Cet écart se manifeste aussi dans les traitements : des médicaments sont prescrits sans tenir compte des différences métaboliques liées au sexe, entraînant des effets secondaires inattendus ou une efficacité réduite. Au-delà du sexe biologique, le « genre » en tant que construction sociale influence également la perception de la douleur, l’accès aux soins et le comportement face à la maladie, amplifiant ces inégalités. C’est un coût humain immense en termes de souffrance, de qualité de vie altérée et de perte de productivité, estimé à des milliards d’euros chaque année pour l’économie européenne.
FP10 : l’ultime opportunité pour une révolution sanitaire ?
Le Programme Cadre 10 (FP10) est bien plus qu’une simple ligne budgétaire. Successeur d’Horizon Europe (FP9), il représente l’instrument principal de financement de la recherche et de l’innovation de l’Union européenne pour la période post-2027. Avec des budgets qui se chiffrent généralement en dizaines de milliards d’euros, le FP10 a le pouvoir de définir les priorités de recherche, de catalyser l’innovation et de transformer les soins de santé pour la prochaine décennie. C’est pourquoi l’intégration d’une dimension de genre robuste et systématique dès la conception de ce programme est absolument cruciale. Il ne s’agit pas d’ajouter une « case à cocher » à la marge, mais d’intégrer cette perspective de manière transversale à toutes les étapes : de la définition des appels à projets à la composition des panels d’évaluation, en passant par l’exigence de données désagrégées par sexe et par genre dans tous les projets financés. C’est une opportunité unique de corriger les erreurs passées et de garantir que la médecine de demain soit véritablement inclusive et personnalisée, reconnaissant la diversité des besoins de santé des citoyens européens.
Des politiques aux patients : les enjeux concrets pour chaque citoyen européen
Les enjeux de cette question parlementaire sont loin d’être uniquement politiques. Ils ont des répercussions directes et tangibles pour chaque citoyen français et européen. Une meilleure prise en compte des inégalités de genre dans le FP10 signifierait, à terme, des diagnostics plus précis et plus rapides, des traitements plus efficaces et mieux adaptés, et une réduction significative de la souffrance pour des millions de personnes. Cela permettrait également une avancée vers une médecine de précision où les différences biologiques et psychosociales sont pleinement intégrées. Pour l’industrie pharmaceutique et des dispositifs médicaux, c’est un appel à l’innovation responsable et éthique, ouvrant la voie à de nouveaux marchés et à des solutions plus pertinentes. Au-delà de l’aspect médical, c’est aussi un pas vers une société plus égalitaire où l’accès à une santé de qualité n’est pas conditionné par le genre. La vigilance des députés européens, l’engagement de la Commission et la mobilisation de la société civile seront essentiels pour que le FP10 ne rate pas ce rendez-vous historique avec l’équité sanitaire.
Mots-clés : Santé, Genre, Recherche, Innovation, Union Européenne
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