
La Commission européenne a lancé aujourd’hui, le 17 février 2026, une procédure formelle d’enquête contre le géant de la mode ultra-rapide, Shein, en vertu des dispositions du Règlement sur les services numériques (DSA). Cette décision marque un tournant majeur dans la régulation des très grandes plateformes en ligne et pourrait redéfinir les pratiques du commerce électronique en Europe.
Le DSA : L’arme anti-géants du numérique
Pour comprendre la portée de cette annonce, il est essentiel de revenir sur le Règlement sur les services numériques, communément appelé DSA. Entré en vigueur pleinement pour les plus grandes plateformes en ligne en août 2023, ce texte législatif européen ambitieux vise à assainir l’espace numérique en imposant des obligations strictes aux acteurs majeurs, tels que les réseaux sociaux, les moteurs de recherche et, désormais, les plateformes de commerce électronique comme Shein. L’objectif est clair : rendre les géants du numérique plus responsables des contenus et produits qu’ils proposent, lutter contre la désinformation, les produits illégaux ou dangereux, et protéger les utilisateurs, en particulier les mineurs. Shein, en raison de son nombre colossal d’utilisateurs actifs mensuels en Europe – dépassant largement le seuil des 45 millions – a été désignée comme une « Très Grande Plateforme en Ligne » (VLOP), ce qui la soumet de facto aux exigences les plus contraignantes du DSA.
Pourquoi Shein est-il sous le feu des projecteurs ?
L’enquête de la Commission n’est pas une surprise totale pour les observateurs du marché. Shein, connu pour son modèle économique ultra-rapide et ses prix défiant toute concurrence, est depuis longtemps sous la loupe pour diverses raisons. Les préoccupations majeures concernent la protection des consommateurs, la traçabilité des produits et la lutte contre les contrefaçons. L’enquête se concentrera notamment sur les pratiques de Shein en matière de conception de ses interfaces, qui pourraient s’avérer manipulatrices pour inciter à l’achat compulsif. La Commission examinera également les mesures mises en place par l’entreprise pour prévenir la vente de produits dangereux ou non conformes aux normes européennes, une problématique récurrente avec le modèle de production à la demande de la marque. Enfin, la transparence de la chaîne d’approvisionnement et la protection des mineurs face à des contenus ou produits potentiellement inappropriés seront aussi au cœur de cette investigation.
Les enjeux d’une décision historique pour le marché français et européen
Cette enquête a des implications considérables. Pour les millions de consommateurs français et européens, c’est la promesse d’une meilleure protection. Cela signifie potentiellement moins de produits dangereux ou de mauvaise qualité circulant sur les plateformes, une plus grande transparence sur l’origine des articles et des pratiques commerciales plus éthiques. Pour Shein, les conséquences pourraient être lourdes : si des infractions sont prouvées, l’entreprise s’expose à des amendes pouvant atteindre jusqu’à 6% de son chiffre d’affaires mondial. Au-delà de l’aspect financier, c’est l’image de marque et la légitimité de son modèle économique qui sont en jeu. Cette action de la Commission envoie également un signal fort à toutes les autres plateformes de commerce électronique : l’Europe est déterminée à faire respecter ses règles et à ne pas laisser les « Far West » numériques perdurer.
Un précédent qui pourrait secouer l’industrie du e-commerce
L’ouverture de cette procédure contre Shein s’inscrit dans une série d’actions menées par la Commission européenne contre d’autres géants du numérique, tels que Meta, TikTok ou X (anciennement Twitter), également désignés comme VLOPs. Chaque enquête contribue à établir des précédents juridiques et à affiner l’interprétation et l’application du DSA. Dans le cas de Shein, c’est l’ensemble du secteur de la fast-fashion et du commerce électronique à bas coûts qui sera scruté. Cette pression réglementaire pourrait forcer les entreprises à investir davantage dans la conformité, la sécurité des produits et la responsabilité sociale, des changements qui seraient bénéfiques pour l’environnement et les droits des travailleurs. À terme, cela pourrait même pousser à une réévaluation du modèle de consommation actuel, en favorisant des pratiques plus durables et transparentes.
En conclusion, l’enquête de la Commission européenne sur Shein représente bien plus qu’une simple procédure administrative ; elle est un symbole de la volonté de l’Europe de reprendre le contrôle sur le pouvoir des géants du numérique. Les résultats de cette investigation auront des répercussions profondes, non seulement pour Shein, mais pour l’ensemble de l’écosystème du commerce électronique et pour la protection des consommateurs à travers le continent. Le règne de l’impunité pour les plateformes en ligne touche à sa fin, et l’ère de la responsabilité numérique semble enfin s’installer durablement.
Mots-clés : Shein, Commission européenne, DSA, Fast-fashion, Règlement numérique
Source : Article original
