
Après une pause technique d’une brièveté inattendue, le complexe d’accélérateurs du CERN est de nouveau opérationnel, marquant le début d’une année cruciale. Alors que les opérations du Run 3 touchent à leur fin en 2026, la communauté scientifique se tourne déjà vers le « Long Shutdown 3 » (LS3), une période de transformations majeures qui promet de repousser les limites de notre compréhension de l’univers.
Un redémarrage éclair pour le complexe du CERN
La transition entre la fin des opérations de 2025 (le 8 décembre) et le redémarrage de la source Linac4 dès le 5 janvier a laissé peu de répit aux équipes du CERN. Cet « arrêt technique de fin d’année » (YETS) a été l’occasion de mener des maintenances essentielles et des améliorations ciblées. La remise en route du complexe suit un protocole rigoureux et séquencé, allant de la source Linac4 jusqu’au Grand Collisionneur de Hadrons (LHC) et ses installations expérimentales associées. Chaque accélérateur passe par des tests de sécurité (DSO), des vérifications des équipements et des contrôles des systèmes, suivis d’une mise en service des machines et, enfin, de la mise en service des faisceaux. Les phases de commissionnement des faisceaux pour Linac4 et le PS Booster sont déjà achevées avec succès, transmettant le relais au Synchrotron à Protons (PS). La Zone Est et le Super Proton Synchrotron (SPS) suivent de près, préparant le terrain pour un programme de physique intense qui débutera le 5 février avec n_TOF, puis le 11 février pour la Zone Est.
Le Grand Collisionneur de Hadrons : Cap sur les premières collisions
Le cœur du complexe, le LHC, s’apprête également à reprendre du service. Les tests de sécurité départementaux (DSO) sont prévus pour la fin de la semaine prochaine, suivis d’environ deux semaines de remise en service du matériel et de vérification de la machine. Cette année, le redémarrage tombe pendant la période des vacances de février, contrastant avec la traditionnelle période de Pâques des années précédentes, soulignant l’intensité du calendrier. Si tout se passe comme prévu, les premières collisions avec 1200 paquets de protons sont attendues pour le 16 mars. Cette étape marque un moment clé, prélude à de nouvelles explorations des mystères de la matière et de l’énergie. Chaque collision est une opportunité unique d’observer des phénomènes rares et de valider ou réfuter les théories actuelles.
La fin d’une ère : Le Run 3 s’achève, le LS3 approche
L’année 2026 marquera la conclusion du « Run 3 », la troisième phase d’exploitation du LHC, avant le début du « Long Shutdown 3 » (LS3). Bien que l’objectif officiel du Run 3 pour le LHC, une luminosité intégrée de 500 fb⁻¹, ait déjà été atteint fin 2025, le programme de physique se poursuivra jusqu’au 29 juin 2026. La luminosité intégrée est une mesure cruciale : elle représente la quantité totale de collisions potentielles accumulées, un indicateur direct de la quantité de données récoltées. Plus la luminosité est élevée, plus les chances d’observer des événements rares et de faire de nouvelles découvertes sont grandes. Les efforts se concentrent désormais sur la maximisation de la production de données jusqu’à la dernière minute. La chaîne d’injecteurs continuera quant à elle de fournir des faisceaux de protons et d’ions jusqu’à leurs propres arrêts pour le LS3, le 31 août 2026. Le Run 3 a déjà permis des avancées significatives, consolidant notre compréhension du Modèle Standard de la physique des particules, notamment par l’étude approfondie du boson de Higgs et la recherche de nouvelle physique.
LS3 : La préparation du Futur avec le LHC à Haute Luminosité
Si le précédent arrêt long (LS2) était principalement axé sur le programme d’amélioration des injecteurs du LHC (LIU), le LS3 sera entièrement dédié à la mise à niveau du « High-Luminosity LHC » (HL-LHC). Ce projet monumental vise à augmenter la luminosité du LHC d’un facteur 10, ce qui permettra de collecter dix fois plus de données que lors de l’ensemble des runs précédents combinés. Cette augmentation spectaculaire de la luminosité ouvrira des portes inédites à la découverte, permettant d’étudier des phénomènes encore plus rares et de sonder la matière à des niveaux d’énergie et de précision sans précédent. Au-delà du HL-LHC, le LS3 inclura également d’autres projets majeurs tels que la consolidation de la Zone Nord, des améliorations pour l’expérience ISOLDE et les préparatifs pour le Run 2c de l’expérience AWAKE. Ces investissements massifs illustrent l’engagement du CERN à rester à la pointe de la recherche fondamentale et à offrir des infrastructures de pointe à la communauté scientifique mondiale pour les décennies à venir.
Les coulisses de l’avenir : L’atelier de Chamonix
La semaine prochaine, l’atelier annuel de Chamonix réunira les experts du CERN pour quatre jours de discussions stratégiques. Les thèmes centraux seront la clôture du Run 3, les préparatifs détaillés pour le LS3, la planification du redémarrage échelonné du Run 4, ainsi qu’une perspective plus large sur les futurs projets du CERN. C’est lors de ces ateliers que se dessine la feuille de route pour les avancées scientifiques de demain, en abordant les défis techniques, les objectifs de recherche et les collaborations internationales essentielles. Ces réunions sont cruciales pour coordonner les efforts de milliers de scientifiques et d’ingénieurs et pour s’assurer que le complexe du CERN continue de fonctionner comme un moteur d’innovation et de découverte.
Des mois exigeants mais exaltants s’annoncent, alors que le Run 3 touche à sa fin et que les préparatifs pour la prochaine phase s’intensifient. Le CERN se positionne une fois de plus à l’avant-garde de la recherche mondiale, promettant de nouvelles révélations sur les constituants fondamentaux de l’univers et sur ses lois les plus mystérieuses. Le futur de la physique des particules se joue maintenant, avec le HL-LHC en ligne de mire, promettant une ère de découvertes sans précédent.
Mots-clés : CERN, LHC, HL-LHC, Run 3, LS3
Source : Article original
